La mémoire dans l’appeau…

Proposé par BLC

Ce matin, un lapin, a tué un chasseur…

Voici pourquoi nous appellerons mon aventure matinale « la mémoire dans l’appeau« , qui aurait pu arriver un vendredi 13, mais il serait alors s’agit d’un autre Jason…

Je ne partais pas pour la guerre ni même une mission. Je voulais juste passer à ma mairie pour renouveler ma carte d’identité, une tâche gratuite et normalement simple. J’avais même, prévoyant garçon que je suis, déjà tous les documents, extrait de naissance, factures et photos avec une gueule qui fait peur parce qu’il faut être neutre et qu’on a l’air tellement neutre que si une fille ramasse votre portefeuille, elle ne vous le rendra pas non parce qu’elle est malhonnête mais juste parce qu’elle prie pour ne jamais croiser la route de l’évadé de prison militaire sur la photo !

J’arrive, il fait beau, les oiseaux chantent. Cool. Oh, mais y en a du monde à l’accueil dites moi !
Comme à la sécu, un automate distribue des tickets. L’automate n’a rien d’extraordinaire, hormis que tout le monde tourne autour pour comprendre comment en extraire son ticket. Plus audacieux que les autres, l’un de nous pose la question à l’un des deux aimables fonctionnaires de police derrière le guichet, qui répond avec une courtoisie propre à leur fonction: « ben faut appuyer sur le bouton !« 
Ah mais oui, la moisissure scintillante sur le dessus est donc un bouton, joie, nous avons notre ticket, j’aurai donc le 117 ! Merci gentil accessoire de guichet !

https://i1.wp.com/img87.imageshack.us/img87/5016/bureaucratie.jpg

Je donne mes documents à la préposé, qui ne m’accorde qu’une attention toute relative comme à tout le monde d’ailleurs, vu qu’elle médit de ses collègues avec son collègue qui fait pareil, et nul doute que lorsque l’un d’eux quittera la pièce, l’autre dira du mal dans son dos au collègue venu le remplacer. Nous étions notamment heureux d’apprendre que Germaine a des crises d’autorité et que pour qui elle se prend franchement celle là !?!
Néanmoins, on m’annonce que je peux passer dans la salle d’attente, ou plutôt le couloir où on délivre passeport, carte grise et carte d’identité. On me prévient de la durée: plus d’une heure et demie…
Je souris, me dis qu’elle exagère. Qu’elle espère ainsi dissuader les mères de famille et leur poussette aux dimensions de char d’assaut de rester à attendre et ainsi libérer plusieurs numéros dans la file pour faire avancer le travail et l’heure de la pause du déjeuner qui verra à la seconde près déserter un paquet de ces braves employés avec la précision d’un coucou suisse !

Deux heures debout serait plus exacte que l’heure et demi annoncée, au milieu des gamins hystériques, des vieux râleurs, et des resquilleurs ( ah oui mais ils peuvent pas, on a des numéros, ha ha, baisés les fourbes ! ). Mais j’ai mon i-pod, et de la bonne musique, je sifflote « american bad ass » de Kid Rock au milieu de la foule, ça me fait rigoler !

Curieusement, la station verticale prolongée réveille une vieille douleur à l’épaule, celle qui fut déplacée lors de mes premiers cours d’aïkido et malmener derechef du temps où inconscient, nous reproduisions des combats de catch dans la rue avec des potes. Mais bon, quoique préjudiciable à mon calme olympien, je reste stoïque, il fait beau, les oiseaux chantent, et c’est moins pénible que mes 4 heures d’attente sans anti-douleur avec un bras cassé dans un hôpital parce que je choisis toujours des sports à la con !

Il faut savoir qu’on entre dans la salle que lorsque un de ces braves fonctionnaires daigne actionner une porte automatique en verre, qui du coup s’ouvre et se ferme d’anarchique façon, à croire que les fumiers s’en amusent, je tire vers moi un noble vieillard qui échappe ainsi à la décapitation, l’homme me remercie et me dit « mais ils sont cons ou quoi ces flics !?!« , l’homme est kabyle et veut juste refaire son passeport, la thèse de l’accident devient certes suspecte…

Numéro 117 ! Je bondis, je vole, enfin une de ces créatures va s’occuper de mon dossier ! Rappelons le, juste un renouvellement de carte d’identité !

Bonjour grosse vache ! Je sais, tu fais la gueule parce qu’après la famille d’Edmond de Noirdésirt à laquelle tu as donné tant d’attention, faisant même le parallèle entre le nom de ta fille et celui de la petite que tu as prise trois fois en photo pour le passeport, tu ne t’attendais pas à avoir un jeune, chevelu de surcroit, pourtant on t’avait appris dans les manuels qu’ils avaient tous été exterminés en mai 68 !

Alors que la grosse vache examine les pièces de mon dossier minutieusement, deux drames surviennent. D’abord, sa collègue à coté réalise que la photo qu’elle a prise de la petite Pauline n’est pas valable, elle a gardé sa barrette métallique dans les cheveux au moment de la prise. Or, j’apprends alors que les douaniers auraient des logiciels qui, si ils isolent un élément métallique sur un portrait, peuvent retourner le passeport à la mairie comme non recevable et donc à refaire. Certes, on a détourné des airbus avec des cutters, mais je doute que la petite Pauline soit vouée à devenir terroriste, et je me dis c’est vraiment parce que Ben Laden n’est pas adepte du piercing qu’il échappe encore et toujours à ce bon oncle Sam alors !
Mais je m’égare, on pourrait penser qu’elle va refaire la photo. Non. Une prise par personne, c’est la règle ! Certes la maman de Pauline et moi ne sommes pas du même monde, mais je me sens solidaire dans cet instant car elle aussi a fait deux heures d’attente pour s’entendre dire qu’il faudra revenir à cause d’une boulette de l’autre !

Entretemps, on m’a collé l’index dans l’encre pour prendre mon empreinte. Et là éclate le deuxième drame. Gisèle, en pause déjeuner dans la salle de détente derrière, surgit en râlant, car aucune des deux présentes n’a fait la vaisselle, et il n’y a plus de couverts propres pour manger. Je songe alors à l’époque où dans mon magasin, le samedi, la caisse était abandonnée aux clients car Sandy la caissière était au sous-sol en train de pleurer parce que Bertrand l’avait trompée avec Sylvie, la vendeuse de peluches.

C’est bon monsieur, vous pouvez y aller, faudra venir chercher votre carte dans 28 jours.

Comment ? C’est fini ? Mais ça a duré à peine 10 minutes (7 pour être exact !) Deux heures d’attente pour un truc qui prend 7 minutes ??? Je sais bien que Louis XVI a dit la même chose en montant sur l’échafaud, mais enfin tout de même, ça me contrarierait presque !
En même temps, grand est mon soulagement, et je me risque à plaisanter sur l’administration. La grosse vache n’a pas d’humour. Elle se fige, sans un mot, détourne les yeux comme si je venais de lui proposer de la marie juana, cette abomination que prenaient les jeunes chevelus exterminés en mai 68 comme il est dit dans le manuel.

Je tente de sortir, mais elle semble ne pas se décider à actionner la porte. Ma patience commence à s’effriter, j’avise donc un boitier plastique dont un bouton, caché sous du verre, semble lui aussi commander la porte. J’arrache la cache en plastique, et appuie sur le bouton… Sans doute un peu fort, mon doigt passe à travers, cassant un peu le dispositif aussi avouons le. Mais d’une main ferme, je saisis la porte coulissante et la repousse d’un bras, faisant reculer la foule qui attend. On se croirait dans un western quand les battants du saloon sont violemment repoussés par un desperado venu régler son compte à quelques shérifs corrompus ! Je traverse la foule qui ne dit mot. Le silence me gêne, car en vrai, je ne pense pas « Ouah, comment je suis trop balèze, ils ont tous peur maintenant, ha ha, je suis un killer ! » mais plutôt « Oups ! Quel boulet, vite décamper, j’ai fait une bêtise !« 
J’entends la voix paniquée de la grosse vache qui crie « on peut plus fermer la porte !!! » comme si la foule était composée des détenus de Con Air, mais non ma grosse, ce sont juste de gentils gens que vous traitez comme de la merde, et franchement, je suis pas partisan du lynchage mais si y avait du débordement, je pleurerais pas sur votre sort !

Toujours est-il que je traverse le hall, quand je vois deux vigiles chopper leur talkie walkie en disant « Vite, on se bouge, y a un soucis dans la salle G9 !« . Ils me passent devant, et je reste stoïque comme Jason Bourne sortant calmement dans la banque tandis qu’il croise les cohortes de policieurs partant à l’assaut de l’étage où il a frappé, invisible, invincible, silencieux, comme le sont les disciples près d’Ator, divinité nordique auquel le cinéaste Joe d’Amato a souvent rendu hommage.

https://i1.wp.com/img163.imageshack.us/img163/8886/equilibrium29.jpg

Dire que je venais juste refaire une carte d’identité…

Soudain, tout l’aspect visionnaire d’un chef d’œuvre comme Brazil de Terry Gilliams m’apparait dans toute sa splendeur, nous sommes entrés dans une ère de bureaucratie malveillante où il faudra bientôt remplir un formulaire même pour aller pisser !
Les films comme Matrix, Equilibrium ou Terminator nous dépeignent eux aussi un futur où l’homme combattra pour sa liberté des forces terrifiantes, mais avec le recul, je me dis que l’aliénation de la liberté se fera de bien plus insidieuse façon que par la violence… quoique… Nous ne sommes hélas pas tous égaux devant ce qu’on appelle les forces de l’ordre…

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