Les bourdes de l’économie !

Proposé par Asphalte

Quietus arrive magistralement à vous décrypter l’actualité depuis de nombreux mois, sans langue de bois, brut de décoffrage. Force est de constater que l’actualité met en avant régulièrement l’économie dont les politiques sont friands pour faire passer leurs idées. On ne compte plus les décisions politiques qui s’appuient sur des fondements économiques.
L’économie est devenue, en quelques décennies, l’argument fort, incontestable et scientifique pour appuyer des idées politiques. Glisser augmentation du pouvoir d’achat, travailler plus pour gagner plus, inflation, taux d’intérêt directeur, envolée du coût des matières premières et votre discours devient tout de suite plus crédible, vos idées sont justifiées, votre politique est donc la seule, l’unique.

Par ailleurs, l’avantage de l’économie est d’être assez complexe à comprendre et encore plus à décrypter. Avantage ultime pour les politiques, on peut faire dire n’importe quoi aux théories économiques, les détourner, afin d’appuyer les discours politiques. Je n’irais pas jusqu’à dire que l’économie est la nouvelle Bible mais ses préceptes sonnent comme parole d’Evangile. Que dire alors de Monsieur Trichet, gouverneur de la Banque Centrale Européenne (BCE pour les intimes), qui se prend pour un apôtre et prêche la bonne parole sous couvert de l’économie. Pour preuve, son récent discours, repris sur un journal très connu (« Le Monde » pour ne pas le citer) qui titre « Augmenter les salaires ? La dernière bêtise à faire. » Ainsi, notre Directeur de la BCE inaugure les bourdes de l’économie. Félicitations !

Rappelons à l’aimable assistance que le rôle de la BCE (et donc de Monsieur Trichet) est de veiller scrupuleusement à la stabilité du taux d’inflation, c’est son objectif principal. En effet, un taux d’inflation élevé amoindrit le pouvoir d’achat. C’est donc tout à fait louable de préserver un taux d’inflation faible. Ce taux d’inflation, vil et fourbe, peut augmenter de diverses manières (que je ne vais pas expliquer ici, ce serait trop long) et la hausse des salaires peut être l’une des causes (je dis peut être, car rien n’est moins sûr, il faut comparer avec la productivité du travail).
Ainsi, notre bon Monsieur Trichet est réfractaire à la hausse des salaires. Toutefois, comme il ne peut pas grand-chose à la hausse des matières premières (nourriture et pétrole par exemple), il y aura tout de même une inflation sans hausse de salaire pour le coup, donc une perte du pouvoir d’achat. C’est dommage, l’objectif initial était de lutter contre une perte de pouvoir d’achat. Je ne reviendrai pas non plus sur sa méthode de calcul qui met en avant un accroissement du salaire des fonctionnaires de 35% en quelques années, je pense que sa Casio T8005-PRO est mal réglée, ou que son doigt a malencontreusement dérapé sur un chiffre (peut-être les prémices de Parkinson).

Vous allez me rétorquer, et vous avez raison, que Monsieur Trichet, de son point de vue (lutte contre l’inflation) a raison de ne pas vouloir augmenter les salaires. Certes, c’est en partie vrai, et seulement en partie, car il faut mettre dans la balance la productivité du travail qui peut changer la donne. Je ne vais pas m’appesantir sur le sujet, ce serait ennuyeux et fastidieux. Ce que je reproche à Monsieur Trichet, mais je ne suis pas le seul, c’est qu’il a pris des raccourcis et que sa phrase « Augmenter les salaires ? La dernière bêtise à faire. » va servir à des idées politiques, souvent fausses. Sous couvert du Directeur de la BCE (qui est l’équivalent d’un apôtre, je le rappelle), un gouvernement de droite pourrait très bien appuyer une politique de rigueur salariale. Je vous le fais en langue de bois.

« Chers concitoyens, les temps sont durs, le chômage est endémique, l’inflation est à nos portes et menace d’exploser. Pour éradiquer ce mal suprême, nous n’avons qu’une seule et unique solution, le gel des salaires.
Je suis conscient que cela va être difficile mais nous n’avons pas le choix, les études sont formelles. Geler les salaires permettra de résorber le chômage car notre Nation sera plus compétitive, nos entreprises exporteront davantage, créeront des emplois, et le retour au plein emploi sera enfin à notre portée. »

En clair, cela donne : « Cool, Trichet vient de dire qu’il ne faut pas augmenter les salaires pour lutter contre l’inflation. Génial, ça va nous servir à entuber la classe moyenne, on fera passer la pilule en leur promettant un gain de compétitivité absurde et donc une baisse de chômage. Mais le véritable but est d’engraisser un peu plus les gros patrons, ahahahaha, on va bien les enculer. »

D’une part, gagner en compétitivité en gelant les salaires est illusoire. En effet, comment lutter avec des coûts salariaux chinois ou hindous ? Il faudrait geler les salaires un demi-siècle et encore, rien ne dit que les salaires des chinois augmenteront. D’autre part, geler les salaires revient à freiner la consommation et donc à amoindrir la demande, ce n’est pas forcément bon pour l’économie. Mais il y a plus grave au niveau de l’éthique, bien plus grave, c’est la crédibilité.

Comment est-ce qu’une personne censée peut-elle se permettre d’annoncer un gel des salaires lorsqu’elle gagne entre 300.000 € et 400.000 € par an ? Je savais que j’aurais dû faire Directeur de la BCE. En outre, on ne compte plus les articles qui énoncent les salaires mirobolants pour les patrons du CAC 40, du WTF 69 ou du VTFF 31. Or, la crédibilité est un des piliers de la politique et de l’économie. Sans crédibilité, vous n’aurez aucun impact et la classe moyenne risque fort de ne pas avaler la pilule cette fois.

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