Buffy…

C’était pas gagné d’avance…

Cette série a vraiment un nom de merde. L’héroïne a un nom pourri. Au départ, on s’accorde plutôt à dire que c’est une série pour les adolescentes. Voilà en trois phrases ce que les gens qui ne connaissent pas la série, lui reprochent. Il est temps de parler d’une aventure fantastique qui a su plaire aux filles et aux garçons de tout âge, petits, ados ou adultes. Oui, il est temps.

A l’origine de cette formidable épopée, il y a Joss Whedon qui écrit le scénario d’un film ultra nul, diffusé le soir sur d’obscures petites chaînes câblées. Ça raconte l’histoire d’une nana qui ne s’occupe que de sa petite personne, de sa petite réputation et qui pense que son ultime but dans la vie est d’être la chef des pompom-girls et qui voit sa vie bouleversée le jour où un vieux se tape l’incruste et commence à lui raconter des histoires de vampires et de démons et lui explique qu’elle n’a pas le choix, elle doit lâcher ses copines et grandir un peu. C’est un peu le gros coup de pied au cul de sa life.

Ça pouvait être bien. Une gonzesse superficielle qui se fait kickbanner du pays de Candy par un vieux, quand on aime Kaamelott, on sent une histoire à la con ! Et quand on en rage de voir Kelly au collège, au lycée ou au bureau se faire les ongles quand on a des soucis plus importants, c’est un bon moyen de reprendre espoir en l’humanité.

Mais à l’époque de la sortie du film, les versions originales étaient quasi inaccessibles pour les français que nous sommes. On doit alors se taper le doublage moisi qui est une catastrophe et empêche de trouver un semblant d’intérêt au film (Buffy devient Bichette en français et je ne vous parle pas des autres noms débiles et bien franchouillards des autres personnages). On zappe donc au bout de 10min, sans laisser la moindre chance à ce nanard superbe.

Outre Atlantique, ils n’ont pas l’excuse de la traduction foireuse mais n’en sont pas moins sceptiques. Le film fait un flop et atterrit fissa dans les bacs de VHS à 1$.

Pourtant ! Pourtant, il y a déjà quelques trucs biens dans ce film. Et si on ne doit citer qu’une chose, ce serait le personnage de Luke Perry, qui amorce déjà la venue d’un personnage clef de la série. Rebelle, beau gosse avec une démarche de cow boy, mal coiffé, et ayant toujours une réplique cinglante à balancer pour faire son effet, on a très envie de lui décolorer les cheveux pour le transformer en Spike.

Heureusement pour nous, Joss Whedon est une vraie tête de mule et décide de ne pas abandonner son bébé et de lui offrir une seconde chance. Quelques années plus tard, Buffy revient donc sur petit écran avec comme compagnons son observateur (Gilles), deux amis complètement à la masse (Willow et Alex) et un vampire cucul (Angel).

Buffy, rolemodel

Dès la première saison, la série brise quelques stéréotypes. Buffy tente de briser les espèces de clans en étant amie avec une Prom Queen, un rat de bibliothèque et un ringard. Chose qu’on voit rarement dans les films ou les séries télé américaines. D’ordinaire, les losers restent à l’écart et les gens populaires n’hésitent pas à se la raconter publiquement ou à humilier les autres. Buffy s’en fout, elle veut concilier les deux. Enfin une série qui ne marche pas sur des à priori et des règles à deux balles.

Si cette série a marqué toute une génération d’adolescents, c’est qu’elle traite du passage de l’adolescence à l’âge adulte de manières originales. Par l’évocation des contes et légendes, de personnages mythologiques et avec des parallèles comiques. Nous avons grandi avec Buffy.

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Loin de l’image parfaite de séries à la con telle que « 7 à la maison » avec sa morale niaise, Buffy The Vampire Slayer n’hésite pas à montrer que les gens peuvent commettre des erreurs.
Pour les jeunes filles, c’est rassurant de voir que Buffy perd sa virginité dans les bras d’un homme qu’elle pensait connaître et qui se révèle être un véritable monstre. Même si cet événement est transposé à l’extrême dans la série, dans la vie, c’est rarement plus différent. Buffy est un modèle car elle ne se laisse pas abattre. Certes, elle affiche sa tristesse mais elle redresse la tête, assume ses conneries et continue à vivre. Et des conneries, elle en fait !

Buffy fait une fugue. Buffy défonce la voiture familiale. Buffy prend sa première cuite. Buffy et son premier Don Juan. Buffy est à découvert. Buffy perd son job. Buffy prend un mec pour un bouche-trou. Buffy en a plein son cul et fait de la merde.

Dans le genre, heureusement qu’elle a des potes pour couvrir le reste des conneries ou des situations typiques qui peuvent arriver à des gens, sinon, je ne vous raconte pas le cas social…

La série est pleine de petits moments « coup de coude » qui s’adresse directement aux spectateurs. Et pour ceux qui s’entêtent encore à penser qu’il ne s’agit que d’une série pour les nanas, sachez messieurs que certains événements vous sont directement dédiés. Comment ne pas penser à la « panne » de Spike, incapable de « sauter sur » Willow, qui voit en cette impuissance la perte de sa virilité.

Pour en revenir à la série en elle-même, il était très intéressant, à l’époque de la diffusion de Buffy the Vampire Slayer, de voir débarquer une super héroïne qui ne soit pas parfaite mais pas non plus une godiche à gros nénés. Buffy est comme n’importe quelle nana de son âge. Elle a 16 ans, est donc « trop jeune pour mourir », veut se faire des copains, s’amuser, tomber amoureuse et souhaite que sa principale préoccupation soit de ne pas savoir quel rouge à lèvres choisir pour aller au bal. Mais Buffy a un destin particulier. C’est encore plus évident dans le film que dans la série car dans le film, Buffy abandonne progressivement le monde naïf des gourdasses pour le monde de la mort et du combat contre le mal. « Il y a d’autres choses plus importantes dans la vie ! » dit-elle à ses copines. Mais ses camarades pom-pom girls ne comprennent pas ce qui peut être plus important que faire une belle banderole pour le bal de fin d’année. Tout est dit. Et tel un enchaînement entre le film et la série, Buffy débarque à Sunnydale après avoir foutu le feu au gymnase de son ancien lycée. Elle n’est plus naïve, sait qu’on attend quelque chose d’elle mais elle veut fuir.

C’est là qu’on se dit qu’elle a vraiment pas de bol ! Elle veut fuir les forces du mal et sa mère décide d’emménager à Sunnydale, siège social de l’activité démoniaque « Bouche de l’Enfer ».

La mythologie

Comme dans les autres séries fantastiques, Buffy détient sa propre mythologie. Buffy est l’Elue, héritière des pouvoirs d’une longue lignée de Tueuses.
Il y a très longtemps, les Anciens, accablés par les démons et les monstres qui attaquaient les humains, ont décidé de choisir une fille de leur village pour lui transmettre la force et la puissance d’un démon à l’aide de la magie. La Première Tueuse était alors née dans le coeur de cette fille. L’inévitable s’est produit et la Première Tueuse meurt au combat. La magie des Anciens ne s’est pas perdue et s’est réincarnée dans une autre jeune fille, une autre élue. Et ainsi de suite, les Tueuses se sont succédées durant les milliers d’années jusqu’à l’arrivée de Buffy.

L’élue n’est pas seule, même s’il lui est interdit d’avoir des proches. Elle est entraînée par un Observateur. Un peu comme dans Highlander sauf que, dans Buffy, l’observateur ne travaille pas en tant qu’espion pour la postérité. Il travaille avec la Tueuse pour la préparer, la former et lui donner un enseignement de base sur les créatures démoniaques, les rituels à faire. Et comme un peu partout en société, un troupeau de trous du cul s’est désigné volontaire pour superviser la relation Tueuse/Observateur. Ils se sont nommés le Conseil. Le titre pompeux par excellence. Ces membres du Conseil, qui savent pertinemment qu’ils ne servent à rien, ont inventé des tests à faire passer aux Tueuses pour estimer si elles sont suffisamment biens pour être élues. En temps normal, le Conseil fait très bien semblant d’être indispensable. Mais Buffy, 18 ans tout pile, décide d’envoyer le Conseil se faire fister par des boucs lorsqu’elle se rend compte que Quentin Travers (directeur du Conseil) n’était qu’un vieux connard arrogant.
Buffy est une Tueuse déjà bien à part en osant défier une autorité restée jusqu’ici indiscutée.

Et un autre événement incroyable s’est produit avec Buffy. Normalement, une Tueuse est seule. Elle n’embarque pas ses potes en virée dans les cimetières, elle ne mène pas de vie civile, ne perd pas son temps à aller au bal des Terminales ; elle doit dédier sa vie entière à la lutte contre le Mal. Mais Buffy est du genre cancre. Du genre à se foutre complètement des règles. Du genre têtue qui se résout à accepter l’aide de ses amis. Et le jour où Buffy meurt, elle ne gît pas seule dans une ruelle abandonnée, elle est ramenée à la vie par ses amis.
Cet événement sans précédent a pour effet d’entraîner l’activation de la Tueuse suivante (d’abord Kendra puis Faith qui sera activée à la mort de Kendra). C’est la première fois que deux Tueuses coexistent.

Et le plus comique reste l’apothéose de la 7ème saison lorsque Willow, puissante sorcière, et Buffy, décident d’activer toutes les Tueuses en sommeil. Après tout, pourquoi une seule femme devrait se faire chier à porter le poids du Monde sur ses épaules quand on sait qu’il existe plusieurs bouches de l’Enfer et que les monstres, c’est pas ça qui manque ! Le règne de l’Elue unique prend fin. Les Tueuses se font légion à travers le monde. Et l’équipe de Buffy part aux 4 coins du globe pour former et guider les nouvelles Tueuses.

Buffy est une héroïne qui compose avec ses proches, bouscule des règles établies si elle les estiment stupides et partage son pouvoir. Si c’est pas beau !

Les effets de style

Comme la plupart des séries d’aujourd’hui, Buffy The Vampire Slayer, en son temps, donnait déjà dans les épisodes spéciaux. Un épisode muet, rythmé uniquement par la musique d’ambiance. Un épisode musical où chaque acteur pousse la chansonnette pour faire avancer l’histoire. Un épisode tragique et réaliste, centré sur la réaction que l’on a sur la perte d’un être cher. Les épisodes d’Halloween (forcément puisque c’est une série avec des vampires et des monstres).

L’épisode où Buffy rentre chez elle et découvre sa mère sur le canapé du salon est un épisode particulièrement marquant et excessivement fort. Whedon a choisi volontairement d’omettre la musique pour que l’on ressente ce malaise et qu’on ressente nos propres sentiments, sans se laisser guider par les artifices de réalisation. C’en est que plus troublant pour le spectateur qui se surprend à se dire « mon dieu, moi aussi j’ai réagis de cette manière », « oui, moi aussi ça m’est passé par la tête ». Même la réaction d’Anya est émouvante. Anya était démon pendant des milliers d’années. Récemment devenue humaine, elle a bien affronté la mort lors de combats mais c’est avec la mort de Joyce qu’elle comprend réellement les sentiments humains, qu’elle comprend le concept de la mort humaine. Et par ses mots, elle exprime parfaitement l’incompréhension qui nous frappe lorsque la mort d’un proche survient.

Les saisons 8 et 9 sont disponibles en comics.

J’ai volontairement fait l’impasse sur le résumé des saisons, l’annuaire avec biographie des personnages, le glossaire des vampires, monstres et démons ou l’analyse des boss de fin de la série. Il y a moult websites qui traitent de ces sujets.

Je souhaitais juste développer un peu plus la réponse à la question que les non-initiés se posent : pourquoi et comment on peut aimer cette série ? La question que moi, je me pose c’est : comment on peut ne pas aimer Buffy ?

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