Et si on remettait un peu les pendules à l’heure ?

Bon voilà, vous m’avez eu.

Après une bonne année de matraquage publicitaire, que je dois à un peu tout le monde autour de moi, sur Facebook, surtout, j’en suis venu à passer par plusieurs stades.

– L’émerveillement : Enfin, les mentalités s’ouvrent ! Les gens se mettent à militer, pour une égalité des sexes qui n’était pas encore trop appliquée.

– La découverte : oh, les Femen, oh le mariage gay ! C’est bien, ça bouge (même si y’a des sujets plus graves, mais c’est cool, quand même !)

– La surprise : what ? les Hommen, maintenant ? les Femen qui font des actions violentes et hors de propos dans les lieux de culte ? (je suis pas croyant, je suis contre la religion, mais quand même ? emmerder des gens sur leur lieu de culte, ça pue)? Mais c’est qui encore cette Mar_Lard qui parle d’un sujet qu’elle ne connaît pas, en faisant des raccourcis dignes d’un militant FN ?

– La redondance : encore une action des Femen… encore une action des Hommen… encore Civitas… encore la manif pour tous (pourquoi ce nom, d’ailleurs?)… encore des articles de Madmoizelle ou de Mar_Lard… encore des témoignages… encore des trucs partagés par mes contacts sur Facebook…

– L’agacement : oui bon, ça suffit, maintenant. On évolue dans des sphères où nous n’avons pas besoin de nous convaincre entre nous que le viol c’est mal. Personne dans mes amis et connaissances n’est assez con pour cautionner ça !

– Le malaise : et non pas parce que ce monde me révulse, non. Mais parce que je devrais me sentir mal d’être un homme, et encore plus un omnivore (pourquoi féminisme et veganisme se complètent-ils ?)

– Le pétage de plomb : allez, maintenant, on trolle ceux et celles qui ne traitent que de ça, et qui pourrissent mon feed avec des sujets redondants. Oui, si tu veux, dis-toi que je suis un connard, ça te convaincra que t’as tellement raison.

— FIN DE LA RETRANSMISSION —

 

Donc voilà où nous en sommes. Dans un monde divisé selon les « féministes » entre elles et le vilain méchant monde machiste phallocrate patriarcal entretenu par les plus grands. Où des gens comme moi qui sont pour l’égalité au sens 1=1 et pas 1>1 (où 1 représente un homme ou une femme… ou un transgenre, puisque maintenant faut vous faire plaisir) n’ont pas le droit à la parole parce que nous n’avalons pas les paroles des phares du féminisme aussi goulûment que les « vraies féministes ».

Mais qu’en est-il du  féminisme, de ce que j’en vois, de ce que j’en sais ? De ce qu’on en voit autour de nous ? La réponse est difficile. Parce que c’est dur à notre époque de faire un constat correct, concis, mais surtout exhaustif des différents courants et idées.

Mais regardons en arrière.

Regardons ce que le MLF a été capable de faire : dépénalisation de l’avortement, un combat qui a pu se poser pour souffler en 79 (soit un peu plus de 30 ans qu’on y a droit), une avancée aussi sur les droits des femmes dans un monde d’hommes comme des réformes sur l’égalité professionnelle et parentale, des lois sur la parité (un peu abusées, si on veut mon avis, mais bon, mieux vaut ça que rien).

Les droits des femmes ont sensiblement évolué avec le temps. Le vote, l’IVG, les salaires, l’indépendance professionnelle… Sans déconner, en 60 ans, on a fait des putains de progrès ! Regardez !

(oui bon, c’est pas encore le cas, hein)

Mais qu’est-ce qu’on retient du MLF parmi les plus médiatisées de ses participantes ? Peu de noms, mais des images. Des images clichés de ces camionneuses, qui brûlent leur soutien gorge, lesbiennes jusqu’au bout de la hache de bûcheron. C’est ça l’image de la libération de la femme ? Cette espèce d’emmerdeuse agressive, moche, et du coup, sujette à tellement de phrases du genre « mal baisée », « en même temps, avec une tronche comme la tienne, tu cherches à te venger ». etc. etc.

Et pourtant c’est pas cette emmerdeuse qui a fait beaucoup de choses. Vous avez vu Simone Veil violente, montrer sa foufoune, debout sur une camionnette ? Non, et c’est pour ça qu’elle a eu de l’impact : parce qu’elle a joué le jeu des hommes. Il faut être au gouvernement ou dans les hautes sphères ? Porter des fringues classes ? Ok messieurs ça va chier !

Badass Veil !

Et c’est exactement ce que je reproche à Maia Mazaurette, à Mar_Lard (ah, bondieu, son accent de parisienne hipster, c’est pire que de la lire), et aux Femen, et aux « féministes ». D’être juste aussi agressives que certaines de leurs icônes démodées. De même que de torturer quelqu’un lui fera dire n’importe quoi, agresser ses congénères (homme ou femme) sur un sujet aussi tendu que l’égalité risquera de faire fuir, ou lever les yeux au ciel.

Pourquoi ? Mais enfin regardez ! Quand je fais chier une personne qui joue à la console, en lui disant que les PC c’est mieux, si en plus je suis agressif dans mes propos, la personne va dire « ok » pour me faire plaisir ou bien juste m’ignorer. Et ne venez pas m’emmerder en me disant que « pour les sexismes, c’est pas aussi simple que sur les ordinateurs et les consoles ». Bien sûr que ce n’est pas aussi simple ! Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut hurler à la gueule des gens qui nous entourent qu’on est anti-sexismes, et de ne focaliser que sur ce sujet, quand la santé, l’écologie, l’économie (des sujets importants pour le MLF, d’ailleurs) ne doivent pas être mis de côté au profit d’un sujet certes important, mais pas le seul au monde.

Imaginez si on venait vous mettre dans la gueule tous les jours des articles sur la sclérose latérale amyotrophique, un sujet grave, de manière violente, et sans interruption… vous feriez une overdose, non ?

[ ICE BUCKET CHALLENGE !

SI TU PARTAGES PAS, T’ES UN ENCULE DE FILS DE PUTE !

CONNARD, REGARDE COMME C’EST LE SEUL SUJET IMPORTANT !]

Gandhi est connu pour quoi ? Pour avoir manifesté toujours pacifiquement, afin d’obtenir l’indépendance de l’Inde. Un exploit. Mais ce type est respecté pour ça. Parce que c’est un principe de non-violence qui a fait qu’on l’a écouté, pas parce qu’il a investi la Bastille en massacrant tout le monde.

De même je ne comprends pas qu’est-ce qui se passe chez certains mecs, maintenant, plus royalistes que le Roy, à poster dix fois plus que n’importe quelle « féministe » sur les réseaux sociaux, et à faire la morale aux autres hommes ? C’est quoi le but ? D’être avantagés le jour où les femmes prendront le contrôle ? Comme une éminence grise qui travaille depuis le début pour elles ? Comme un maquisard du sexisme ? Ou alors plus clairement pour essayer de niquer ? Comme cette excellent blague en anglais :

[

1) As a man, follow Gender Studies.

2) On the first day, raise your hand and say : « Well, enough of History! I’m here to listen to HERstory. »

3) Collect panties

]

Donc oui, je pense que c’est de l’attention-whorisme que de faire ça.

Et au milieu, ceux qui pensent comme moi doivent ABSOLUMENT fermer leur gueule. Parce que, voilà, ta gueule, tu connais pas le sujet !

Je dois m’excuser d’être un homme, d’être hétéro, de manger de la viande, et en plus de le dire ! Mais c’est dégueulasse ! Quelle raclure !

D’ailleurs on dit cis-hétéro, parce qu’il faut perdre l’ennemi dans le jargon, comme le font les médecins, les politiques, les économistes, les notaires…

Mais c’est pas grave, de toutes façons, si le but, c’est de s’envoyer en l’air, parce qu’on affirme les mêmes idées que les « féministes », je n’ai pas grand chose à dire. Et je serais ravi de voir ces messieurs m’expliquer pourquoi ils le font réellement, quelle est leur démarche. Parce que, clairement, on n’en voit pas, là. Juste une avalanche de statuts et d’articles destinés à se pincer les tétons en se disant à quel point on est bons, dans la complaisance d’être quelqu’un de bien.

Et pourquoi ces comportements aussi violents ?

Pourquoi ces femmes, ces « féministes » qui refusent que vous leur teniez la porte, parce que la galanterie, c’est du sexisme ? Qui refusent de vous faire une bise, pas parce qu’elles ne vous connaissent pas, mais parce qu’elles sont féministes (véridique) ?

Désolé de jouer la carte de la violence, mais moi aussi je réponds : « ah t’es « féministe » ? Eh bah moi je t’emmerde ! Parce que je suis égalitariste. »

Alors oui, ça fait pédant, mais en même temps, ne suis-je pas à suivre les sentiers du MLF, moi-même ? Parce que le but du jeu n’était pas de faire des femmes qui écrasent les hommes, pour renverser les pouvoirs. Le but était d’arriver à une égalité. Une égalité qui fait chier, d’ailleurs. Mais l’égalité, comme me disait une féministe (une vraie, d’où l’absence de guillemets), c’est donner aux femmes le droit d’en chier autant qu’un mec. Boulot, santé, responsabilités, statuts… Tout le monde a le droit d’en chier autant. Sur le sujet du mariage gay, Michel Galabru a été formidable, dans le même genre : « Bien sûr que je suis d’accord ! Les hétéros ne devraient pas être les seuls à avoir le droit de souffrir. »

(Voici selon moi l’une des meilleures définitions, notez les mains qui se mélangent les couleurs)

(un autre point de vue que j’apprécie)

 

Alors oui, je trouve toujours ça dégueulasse de voir qu’en 2014, une femme est harcelée par des hordes de mâles en rut quand elle marche dans la rue, qu’il existe des entorses de loi pouvant justifier un viol (ce qui me fait gerber, d’ailleurs). Mais même si on devrait pouvoir vivre dans une utopie où rien de méchant ne se produit, il faut faire attention. Un mec dans la rue n’est pas autant sujet aux mêmes agressions, et même moins souvent, mais c’est oublier que ça peut arriver. Même si plein de messieurs autour de moi ne sont jamais emmerdés d’après leurs propos. De même que les hommes sont abasourdis quand ils apprennent qu’il y a des viols dans leur quartier, bizarrement, quand je parle d’agressions man-to-man, on me dit « meuh non, ça existe pas, ça m’est jamais arrivé… ».

C’est pas parce qu’on n’a rien subi qu’on a le droit de dire que c’est des conneries, et qu’on vit pas dans le même monde. Parce que si je suis ce mode de pensée, les camps n’ont pas existé (Godwin !), le cancer et le sida non plus, parce que je n’y ai jamais été confronté.

 

Il y a peu, les tags #NotAllMen et le #NotAllGamers sont apparus, parce que des gens comme moi ne se reconnaissent pas dans les généralisations du type « tous les mecs sont des violeurs en puissance » ou « les geeks c’est tous des sexistes ». Merci Mar_Lard de me faire passer pour ce random dude qui essaie de violer une joueuse à travers mon câble Ethernet dès qu’elle rejoint le serveur.

« Vazy, tu suces pour de l’XP ? »

Et dès qu’on se sert de l’argument « je suis pas comme eux #NotAllMen », on se prend les foudres ou les réponses goguenardes des « féministes ». En gros, simple, propre, et raffiné : TA GUEULE ESPECE DE CONNARD DE MEC ! TU N’AS PAS LE DROIT DE PARLER DE CE QUE TU NE CONNAIS PAS !

Et vous là, au fond, ne me dites pas le contraire, vous savez très bien que ça arrive, et souvent.

 

De toutes façons, je ne détiens pas la vérité, parce que tous mes arguments sont faciles à déjouer. Déjà, parce que je suis un mec, et que je ne connais pas la vraie douleur. Parce que je ne pourrai enfanter. Pour résumer ma démarche, voilà :

 

Et pour conclure, voici une formidable vidéo sur un aspect du sexisme qu’on doit taire, parce que c’est pas pareil, hé :

 

 

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Propatate

Proposé par Steuh

Attention, cet article est bourré d’un mot qui revient de manière récurrente, sauras-tu le retrouver ?

Laisse-moi t’emmener dans la merveilleuse épopée de la patate.

Oui, cet été, j’ai exercé le fabuleux métier de trieuse de patates. C’est un travail qui exige rapidité, concentration, rigueur, et ténacité.

Devant moi (nous, on était 6 en fait), un tapis roulant qui fait défiler les patates à environ très vite km/h. Tu vois les caissières des supermarchés ? C’est le paradis à côté du tri des patates.

Le but du jeu, c’est de virer les mottes de terre, les caillasses, les brins d’herbe, et les papates vertes et/ou déformées. Moi je n’attendais qu’une chose, c’était dégôter la patate en forme de bite. Mais c’est Mamie qui décocha la patate d’honneur, qui fut rapidement affublée du surnom de « la bite à Jojo » (le mari de la Vieille en fait).

Ah oui, je vais te présenter le reste de l’équipe : il y a « la Vieille », « la Grosse » (la belle sœur de Mamie), « Mamie » donc, « Connasse » (la fille de Mamie) et Virginie (la belle-fille de Mamie, qui n’a pas de surnom parce qu’elle, elle la ramène pas).

J’ai tout de suite senti la fraternité qui unissait ces gens-là, des gens du terroir, des paysannes, des vraies de vraies, avec l’accent bourru de ceux qui bouffent les mots à tord et à travers. Je suis restée longtemps en observation, à regarder d’un œil amusé la Grosse cracher en parlant, visiblement peu gênée par la morve qui se balançait au bout du nez, à écouter les saloperies ineffables de la Vieille (à vrai dire je comprenais pas grand-chose, mais j’avoue avoir ri bêtement quand-même, histoire de pas paraître hautaine).
Mais malgré tous mes efforts, je sentais bien que je ne faisais pas vraiment partie de la famille.

Jusqu’au jour où je leur ai proposé de venir manger au chaud chez moi. Il faut savoir qu’en Seine-et-Marne, on n’ouvre pas sa porte, alors tu parles que d’un coup, c’était champagne. Virginie s’est mise à m’offrir des clopes, tout le monde me parlait plus volontiers,

mais là où j’ai vraiment réalisé que j’étais entrée dans la bande,
là où j’ai senti que, ça y était, je faisais partie des leurs,
que j’étais enfin acceptée,

c’est au moment où j’me suis mangée ma première motte de terre dans la djeule.

https://i2.wp.com/img296.imageshack.us/img296/6954/2377ja8.jpg

Maintenant chez moi, y a plus que des patates en forme de cœurs. Ouais.
http://www.lapatate.fr/